Comment écrire un conte ?

Qu’est-ce qu’un conte ?

Le conte vient d’une tradition orale : au commencement, une communauté se retrouvait pour écouter les anciens du village leur conter un récit épique. Petit à petit, le conte est entré dans la tradition littéraire et s’est diversifié, ne se contentant plus d’être « seulement » merveilleux, mais pouvant être fantastique, philosophique ou encore facétieux.
Un conte s’adresse en tout premier lieu aux enfants, mais pas seulement, car chaque âge a une lecture différente d’un conte. En effet, les valeurs et les codes moraux qu’il véhicule ont également pour but de faire évoluer les adultes, tout en restant divertissant et ludique.
Un conte est souvent court, hors des lieux réels, et du temps tel que nous le connaissons ; il implique une vision rassurante et optimiste de notre monde, notamment par l’opposition manichéenne du Bien et du Mal.

Les différents types de contes

Le conte étant un genre de récit très général, il se divise en plusieurs catégories. Il faut donc définir, en tout premier lieu, le type de conte à écrire.

   1. Le conte de fées

Aussi connu sous le nom de « conte merveilleux » ou « conte féerique », il s’agit du conte par excellence, celui qui s’adresse principalement aux enfants. Le conte crée un univers fictif dont la caractéristique principale est d’être invraisemblable : le lecteur est conscient que ce que narre un conte merveilleux est forcément faux, irréel (par exemple : dormir pendant cent ans ou parler avec des souris). Bien entendu, le conte de fées connaît toujours un dénouement heureux, qui est obligatoire dans ce genre de conte.

    2. Le conte de Noël

Également conte merveilleux, ce récit se situe uniquement autour de la période de Noël, mettant souvent en scène la rencontre (et la complicité, voire même la relation d’affection) d’un enfant avec le Père Noël. Au programme : neige, sapin, Pôle Nord, elfes, traîneau, cerfs et bien entendu Père Noël ; autant d’atouts indispensables pour un bon conte de Noël !

    3. Le conte d’animaux

Celui-ci est un conte qui met en scène uniquement des animaux, dans des situations généralement humaines mais dont l’action est caractérisée par leurs comportements animaliers. Souvent fondé sur une rencontre entre deux protagonistes – l’un fort et bête, et l’autre faible mais malin –, le conte d’animaux s’amuse de cet antagonisme et prend la Nature à contre-pied en faisant triompher le faible et rusé du fort mais stupide. À ne pas confondre avec une fable (comme celles de La Fontaine), qui se rédige en vers et se termine par une morale.

    4. Le conte fantastique

À ne pas confondre avec le conte merveilleux, le conte fantastique est généralement sombre ; la principale différence réside dans l’incursion du surnaturel (fantômes, vampires, etc.) dans un univers vraisemblable, que le lecteur est susceptible de reconnaître comme étant le monde réel. La noirceur de ce genre de conte débouche souvent sur un dénouement fatal, au contraire d’un conte merveilleux.

    5. Le conte étiologique

Ou « conte du pourquoi », il explique l’origine d’un phénomène de la vie ordinaire (par exemple, pourquoi le zèbre est-il rayé ?) en lui inventant une origine fictive et/ou drôle. Ce conte a plutôt un but « explicatif », contrairement au conte de fées par exemple, et l’interrogation initiale tient souvent lieu de titre.

    6. Le conte d’ailleurs

Il existe des contes dans toutes les civilisations, au sein de toutes les sociétés, sur tous les continents, mais deux types bien spécifiques méritent qu’on s’y attarde.

  • Le conte oriental

Les plus célèbres sont bien entendu les Contes des mille et une nuits, qui ont fait du conte oriental un genre à part entière. La spécificité principale de ce type de conte est l’enchâssement des récits, à l’instar de Schéhérazade qui inventait une histoire à l’intérieur du « récit-cadre », à savoir le récit principal. Par ailleurs, c’est d’un conte oriental que vient le célèbre « Sésame ouvre-toi », déclamé par Ali Baba dans le conte éponyme. Aladin ou Sinbad le marin sont autant de personnages des contes orientaux ; le génie, le sultan, le sérail, le désert ou encore le tapis volant sont quant à eux emblématiques de ce type de conte.

  • Le conte russe

Peut-être moins connu que le conte oriental, le conte russe occupe cependant une place importante dans la tradition et le folklore soviétiques, et a su franchir les frontières de son pays. Un conte russe se reconnaît au premier coup d’œil par quelques singularités :
le rythme ternaire, ou fonctionnement par trois – le chiffre 3 étant dans la tradition russe celui de l’accomplissement – : par exemple : trois royaumes, trois épreuves, etc. ;
l’omniprésence des animaux dans ce type de conte : soit l’animal rendra un service vital à l’humain, soit l’humain est moitié homme, moitié animal. Il est à noter que dans les contes russes le loup gris est un animal bienfaisant, contrairement à la tradition occidentale qui veut que le loup soit un animal féroce ;
l’ironie et l’exagération de l’humour : on ne rit jamais trop en Russie, ça réchauffe ! ;
la syntaxe simplifiée au maximum.
Le personnage le plus connu de la mythologie slave reste Baba Yaga, sorcière cruelle qui dévore les enfants. Elle est donc presque indispensable à la rédaction de tout conte russe !

    7. Le conte pour adultes

Contrairement aux idées reçues, les contes ne sont pas uniquement à destination des enfants, les adultes ne sont pas en reste, certains types étant spécialement écrits pour eux.

  • Le conte facétieux

Parfois appelé « conte satirique », le conte facétieux a pour but de divertir en utilisant la raillerie, bien souvent aux dépens d’un personnage stupide, qui sera entraîné dans toutes sortes de malentendus. Ce type de conte étant souvent une comédie de mœurs, il repose donc également sur l’antagonisme de ses personnages, oppositions qui peuvent être regroupées en quatre grands tandems :
le sacré contre le profane : souvent représenté par l’opposition entre un curé et un laïc ;
la noblesse contre la bassesse sociale : par exemple, un souverain contre un simple sujet ;
le légal contre l’illégal : l’illustration la plus fréquente étant le mari contre l’amant (ou l’épouse contre la maîtresse) ;
l’humanité contre la diablerie : l’opposition traditionnelle entre l’homme et le Diable.

  • Le conte philosophique

Instauré par Voltaire, qui en reste le plus illustre représentant, le conte philosophique reprend tous les codes du genre en s’étoffant de quelques particularités : l’ironie tout d’abord, trait caractéristique du conte philosophique, et surtout la volonté d’instruire le lecteur, en faisant du conte philosophique un récit initiatique, dont le héros – et le lecteur – sort assurément grandi.

  • Le conte érotique

Le conte érotique aborde quant à lui le thème universel de l’amour, au travers de la sensualité et de la sexualité. Une mise en scène propice au désir, quelques allusions concupiscentes, des caresses voluptueuses… Le choix des mots est crucial dans ce type de conte, car ce sont eux qui communiqueront au lecteur le plaisir des sens qu’il est en droit d’attendre.

Quelques principes à respecter pour écrire un conte

Il existe quelques principes inhérents à cet univers, quelques codes universels pour écrire un conte, quel que soit le genre choisi :

 

  • En tout premier lieu, commencer par le traditionnel « Il était une fois » permet de se couper du réel et d’entrer sur la pointe des pieds dans l’univers du conte. Il existe plusieurs variantes de formules d’introduction aux contes de fées, qu’elles soient temporelles : « En ce temps-là », « Il y a de cela fort longtemps » ou même « Au temps jadis » ; ou spatiales : « En un certain royaume » ou encore « Dans un pays très éloigné, aux confins de la terre ». Bien entendu, cette liste est non-exhaustive et limitée à la seule imagination du conteur !
  • Au niveau de la chronologie, il est nécessaire de respecter une structure linéaire, sans retour en arrière (flash-back) qui perdra le lecteur et le fera sortir de l’univers créé.
  • La mission du héros reste l’élément central et obligatoire du conte : elle devra être magique et bien entendu, le parcours pour mener à bien cette mission sera parsemé d’embûches ! Il ne faut jamais oublier qu’une mission de conte doit être difficile et nécessiter un sacrifice de la part du héros.
  • Pour le conte de fées, la magie est omniprésente. Que ce soit une fée, un elfe, un lutin ou une sirène, le héros rencontrera tout au long de son aventure différentes créatures magiques qui lui montreront la voie. Par opposition, il affrontera à la fin une créature maléfique, comme une sorcière, un troll, un gobelin, un ogre ou n’importe quel démon, et en sortira vainqueur. Par essence, le conte de fées finit bien, le méchant est puni et le Bien triomphe toujours.
  • L’objet magique est également vecteur de merveilleux, il est donc indispensable dans l’écriture d’un conte de fées : traditionnelle baguette magique, cristal envoûté, cape d’invisibilité, anneau enchanté… L’objet magique guidera le héros et lui donnera la force de poursuivre sa quête.
  • La mise en scène d’animaux fabuleux, comme les licornes, les phénix ou les dragons par exemple, est également essentielle à la rédaction d’un conte merveilleux. A contrario, pour un conte fantastique, il vaut mieux privilégier les créatures plus sombres, comme les vampires, les zombies et les loups-garous, voire même la Mort.
  • Les lieux sont également à soigner : un château abandonné, une forêt ensorcelée, le « Pays des Merveilles » ou encore un labyrinthe hanté sont autant d’univers qui permettent d’extraire le lecteur du monde réel afin de l’installer dans le monde fantasmagorique du conte.
  • Cas particulier du conte étiologique : ce type de conte s’écrit généralement en trois parties :
  1. la première expose les faits « avant »,
  2. la deuxième explique l’action qui a fait changer les choses,
  3. la dernière expose l’état actuel du phénomène, l’explication venant d’être fournie, et s’illustre souvent par « et c’est depuis ce temps que… » ;
  • Pour aller plus loin, le système de Vladimir Propp, développé dans sa Morphologie du conte, décrit les 31 fonctions qu’il a isolées et qui couvrent l’ensemble des actions possibles dans la narration d’un conte.