Les concours littéraires attirent chaque année des milliers de textes, mais beaucoup d’aspirants auteurs bloquent avant même la première phrase, persuadés de « manquer d’inspiration ». L’enjeu n’est pourtant pas de trouver une idée géniale tombée du ciel, mais de repérer ce qui, dans le réel, vos lectures ou vos émotions, peut devenir une histoire. Des concours comme le Prix Clara, créé en 2006 et ouvert aux jeunes auteurs de 13 à 17 ans, montrent combien cette inspiration peut naître de voix très diverses, pour peu qu’on leur donne un cadre et un délai.​

Observer le réel : L’inspiration à portée de main

La première source d’inspiration, souvent sous‑estimée, est le quotidien : conversations volées dans les transports, scènes aperçues à travers la vitre d’un café, couloirs d’un établissement scolaire, fils de discussion sur les réseaux sociaux. Ce réel en apparence banal est une matière vivante, riche en nuances, en émotions brutes, en situations à la fois ordinaires et étonnamment complexes. Une nouvelle peut naître d’un simple détail : Une phrase entendue au vol, un geste qui trahit, un silence trop long, une scène légèrement décalée qui fait surgir un questionnement. Observer le réel ne signifie pas le recopier, mais en prélever les éléments capables de faire naître une fiction. Un auteur peut partir d’une scène banale, y glisser une rupture de ton ou un changement de point de vue, et ouvrir ainsi une brèche vers l’imaginaire. L’inspiration, dans ce cadre, devient une manière de regarder, plus qu’un moment magique. Il s’agit de prêter attention à ce qui, dans le flux du quotidien, contient une tension narrative, une émotion diffuse ou une question sans réponse.

Quelques pistes :

  • Tenir un carnet d’observation où noter des fragments : phrases, attitudes, lieux, atmosphères. Ce carnet devient un réservoir de matière à transformer plus tard, sans contrainte immédiate de résultat.​
  • Se demander, devant une scène ordinaire, « que se passerait‑il si… ? », et laisser cette question ouvrir une hypothèse de récit. Cette simple bascule vers la fiction permet d’explorer des chemins inattendus à partir de situations familières.​

Les lauréats de concours comme le Prix Clara puisent souvent dans des situations réalistes (famille, lycée, amitié, deuil, secrets), qu’ils amplifient ou déplacent pour en faire une fiction autonome. Le réalisme n’empêche pas la créativité : il en est souvent le point d’appui. Transformer une émotion vécue, un lieu connu ou une ambiance particulière en matériau romanesque permet de créer des récits sensibles et ancrés, capables de toucher un large public. L’observation attentive du monde qui nous entoure, loin d’être une étape secondaire, peut devenir le socle d’une écriture à la fois intime et universelle.

Puiser dans ses propres émotions et souvenirs

Une autre source forte d’inspiration est le vécu personnel : non pas forcément raconté comme un témoignage, mais transformé en matériau romanesque. Il peut s’agir :​

  • D’un événement marquant (rupture, déménagement, accident, rencontre).
  • D’une émotion forte (jalousie, honte, fierté, culpabilité, peur) que l’on place dans la peau d’un personnage.

Les ateliers d’écriture rappellent que ce qui touche un auteur a de bonnes chances de toucher un lecteur, à condition d’être transposé et non simplement raconté en brut. C’est souvent ce type de profondeur émotionnelle qui fait la différence dans un concours, au‑delà de l’idée de départ.​

Lire, écouter, regarder : Nourrir le terrain d’idées

L’inspiration ne se construit pas dans le vide. Lectures, films, séries, podcasts, chansons nourrissent l’imaginaire et offrent des structures, des voix, des situations dont on peut s’inspirer sans copier.​

Pour préparer un concours :

  • Lire des recueils de nouvelles (classiques ou contemporaines) pour voir comment une histoire peut tenir en quelques pages.​
  • Explorer des textes primés dans des concours existants, lorsqu’ils sont publiés, pour comprendre les tonalités retenues (réalisme, fantastique, introspection, humour).​

Les recueils issus du Prix Clara, publiés chaque année, offrent par exemple un panorama de ce que de jeunes auteurs parviennent à faire à partir d’un thème libre : la diversité des voix montre que l’inspiration n’est pas une question d’âge, mais de regard sur le monde. Des informations pratiques et des archives du concours sont accessibles sur le site dédié.

lire ecouter regarder

S’appuyer sur les contraintes du concours

Paradoxalement, les contraintes (thème, longueur, genre, public visé) sont l’un des meilleurs déclencheurs d’idées. Parmi les concours de nouvelles pour jeunes, certains laissent le sujet libre, d’autres proposent un mot, une phrase ou un thème à décliner.​

Quelques manières d’utiliser ces contraintes :

  • Considérer le thème imposé comme un point de départ à tordre, déplacer, prendre à rebours (par exemple choisir un narrateur inattendu ou un cadre surprenant).​
  • Faire de la limite de longueur un moteur de choix : se concentrer sur une seule situation forte, plutôt que vouloir couvrir plusieurs années de vie en quelques pages.​

Le Prix Clara, par exemple, demande une nouvelle en français de plusieurs pages, écrite par un adolescent, sur le sujet de son choix. Ce cadre incite à choisir une histoire qui « tient » dans ce format, avec un début marquant, une progression lisible et une véritable fin.​

Déclencher l’inspiration par l’écriture elle‑même

L’inspiration vient rarement avant l’écriture ; bien souvent, elle apparaît pendant. Attendre une idée parfaitement formée avant de commencer revient souvent à repousser indéfiniment le moment de se lancer. À l’inverse, c’est dans l’acte même d’écrire que les idées se structurent, que les personnages prennent forme et que les intentions narratives se clarifient. C’est en avançant, même à tâtons, que l’on découvre les fils à tirer pour bâtir une histoire solide. Les ressources dédiées à la nouvelle recommandent d’ailleurs de pratiquer des exercices courts pour « muscler » l’imaginaire et sortir du mode d’analyse purement intellectuel. Ces exercices, parfois issus d’ateliers d’écriture, ne demandent ni préparation longue ni idée géniale, mais un engagement immédiat dans le geste d’écrire. Ils ouvrent des portes inattendues et permettent de tester des voix, des situations ou des points de vue inhabituels. Par exemple :​

  • Écrire une scène en temps limité à partir d’un mot tiré au hasard, pour laisser l’association d’idées guider le récit plutôt qu’un plan figé.​
  • Rédiger un dialogue sans description, puis ajouter ensuite le décor et les gestes, afin d’apprendre à moduler les rythmes et la dynamique entre les personnages.
  • Décrire un personnage sans jamais mentionner son apparence physique (en passant par ses actions, ses paroles, son environnement), pour approfondir l’art de la caractérisation indirecte.​

Ces exercices n’ont pas vocation à être envoyés en concours, mais ils déverrouillent la peur de la page blanche, en replaçant l’élan créatif au centre du processus. Ils permettent aussi de mieux cerner ce qui revient spontanément dans l’écriture : des thèmes récurrents, des atmosphères familières, des tensions dramatiques instinctives. L’idée « solide » vient rarement d’un seul coup ; elle émerge souvent après plusieurs textes d’essai, comme un noyau stable autour duquel le projet s’organise peu à peu. Travailler l’écriture comme un artisan affine son geste, sans attendre l’illumination parfaite, c’est déjà entrer dans une dynamique de création active.

S’inscrire dans une communauté d’écriture

Enfin, l’inspiration se nourrit aussi du regard des autres : ateliers d’écriture, clubs, forums, enseignants, bibliothécaires peuvent jouer un rôle de déclencheur. Ces espaces collectifs, loin de formater les voix, permettent au contraire d’enrichir les idées, de questionner les choix narratifs et de sortir de l’isolement parfois pesant de l’écriture en solitaire. Échanger sur ses envies, ses premiers essais, entendre les retours sur ce qui touche ou non, permet d’ajuster son projet avant l’envoi et d’envisager des pistes que l’on n’aurait pas explorées seul.

De plus en plus de dispositifs sont pensés pour accompagner les jeunes écrivains, en particulier ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure d’un concours. Des ateliers en ligne ou en présentiel, des programmes pédagogiques proposés par des médiathèques ou des maisons d’édition, ou encore des modules de coaching spécifiquement orientés vers certains concours (dont le Prix Clara), offrent des ressources précieuses. Ils permettent d’acquérir des outils pour structurer son récit, développer une intrigue, approfondir les personnages ou encore travailler le style. Ces accompagnements aident également à mieux cerner les attentes d’un jury et à inscrire son texte dans un cadre éditorial cohérent.

Pour d’autres publics, souvent un peu plus autonomes, des plateformes spécialisées répertorient les appels à textes, concours ou résidences d’écriture en cours. Cela permet de repérer un cadre qui résonne avec ses préoccupations du moment : une thématique, un genre littéraire imposé ou une contrainte formelle peuvent alors devenir des déclencheurs puissants. Certains auteurs découvrent même leur sujet en explorant simplement ces appels, à la croisée de leur sensibilité et des propositions extérieures.

Participer à un concours littéraire, ce n’est donc pas attendre le « bon génie » de l’inspiration : c’est accepter de regarder autrement son quotidien, ses émotions, ses lectures et les contraintes proposées, puis de les transformer en fiction. C’est aussi accepter le regard de l’autre, les retours qui bousculent, les lectures croisées qui enrichissent. Qu’il s’agisse d’un concours généraliste ou d’un prix dédié aux jeunes auteurs comme le Prix Clara, la plus grande source d’inspiration reste la décision de se mettre au travail, d’avancer phrase après phrase et d’aller au bout de son texte, porté non seulement par sa propre voix mais aussi par l’énergie partagée d’une communauté d’écriture.

C.S.